On vient de m'écrire : c'est l'Hôtel de France ... qui est en haut de la rue Crébillon. Rue Henri IV, rue qui part de la place "Louis XVI" (car c'est ainsi que l'appellent les Nantais nouveaux et anciens), il y a l'Hôtel de la Duchesse Anne, qui depuis son incendie, est toujours fermé, et un hôtel moderne nommé "L'Hôtel".
A ce sujet, un ami qui avait réservé dans cet hôtel, demandait aux passants : où est l'hôtel L'hôtel ? et se faisait prendre pour un fou.
A noter que c'est dans ce même hôtel qu'est descendu Stendhal.
http://en.wikipedia.org/wiki/Arthur_Young_(writer)
Le 21. - Rencontré un essai d'amélioration au milieu de ces déserts, quatre bonnes maisons de pierre et quelques acres recouverts de pauvre gazon, qui cependant avaient été défrichés ; mais tout cela est redevenu presque aussi sauvage que le reste. Je sus ensuite que cette amélioration, comme on l'appelle, avait été tentée par des Anglais aux frais d'un gentilhomme qu'ils avaient ruiné aussi bien qu'eux-mêmes. Je demandai comment on s'y était pris. Après un écobuage, on avait fait du froment, puis du seigle, puis de l'avoine. Et toujours, toujours il en est ainsi ! Les mêmes sottises, les mêmes bévues, la même ignorance ; et puis tous les imbéciles du pays ont été dire, comme ils le disent encore, que ces déserts ne sont bons à rien. À mon grand étonnement je vis, chose incroyable, qu'ils s'étendaient jusqu'à trois milles de la grande ville commerciale de Nantes : voilà un problème et une leçon à méditer, mais pas à présent.
Après mon arrivée, je suis allé de suite au théâtre, construit tout récemment en belle pierre blanche. La façade a un superbe portique de huit colonnes corinthiennes fort élégantes ; quatre autres en dedans séparent ce portique d'un vestibule majestueux. À l'intérieur, ce n'est qu'or et peinture, le coup d'œil d'entrée me frappa grandement. La salle est, je crois, deux fois aussi grande que celle de Drury-Lane et cinq fois plus magnifique. Comme c'était un dimanche, la salle était comble. Mon Dieu ! m'écriai-je intérieurement ; est-ce à un tel spectacle que mènent les garennes, les landes, les déserts, les bruyères, les buissons de genêt et d'ajonc et les tourbières que j'ai traversés pendant 300 milles ? Quel miracle que toute cette splendeur et cette richesse des villes en France n'aient aucun rapport avec l'état de la campagne ! Il n'y a pas de transitions graduelles : la médiocrité aisée et la richesse, la richesse et la magnificence. D'un bond vous passez de la misère à la prodigalité, de mendiants dans leur hutte de boue à Mademoiselle Saint-Huberti, dans des spectacles splendides à 500 liv. par soirée (21 liv. st. 17 sh. 6 d.). La campagne est déserte, ou si quelque gentilhomme l'habite, c'est dans quelque triste bouge, pour épargner cet argent, qu'il vient ensuite jeter dans les plaisirs de la capitale. - 20 milles.
Le 22. - Remis mes lettres. - Autant que le comporte l'agriculture, mon objet principal, je dois acquérir toutes les notions sur le commerce que je puis obtenir des négociants, car il est facile d'avoir d'utiles renseignements en abondance sans poser de questions, qui mettront la personne interrogée dans l'embarras, et même sans en poser aucune.
M. Riédy se montra très civil et satisfit à beaucoup de mes demandes ; je dînai une fois avec lui et vis avec plaisir la conversation se tourner sur le sujet important de la situation respective de la France et de l'Angleterre dans le commerce, particulièrement celui des Antilles. J'avais aussi une recommandation pour M. Espivent, conseiller au Parlement de Rennes, dont le frère, M. Espivent de la Villeboisnet, est un des notables négociants d'ici. On ne saurait être plus obligeant que ces deux messieurs ; leur conduite envers moi fut pleine d'attention et de cordialité : ils rendirent mon séjour en cette ville à la foi instructif et agréable. La ville a, dans ses nouvelles constructions, un signe de prospérité qui ne trompe jamais. Le quartier de la Comédie est magnifique, toutes les rues sont en pierre de taille et se coupent à angle droit. Je ne sais si l'Hôtel de Henri IV n'est pas le plus beau de l'Europe : celui de Dessein, à Calais, a de plus grandes dimensions ; mais il n'est ni construit, ni distribué, ni meublé comme celui-ci, que l'on vient d'achever. Il revient à 400 000 livres, avec le mobilier (17 500 liv. st.), et se loue 14 000 1. (6121. st. 10 sh.) par an, la première année ne comptant pas. Il y a 60 lits de maître et une écurie pour 25 chevaux. Les appartements de deux pièces, très convenables, se payent 6 liv. par jour ; une belle pièce 3 liv. Les commerçants ne donnent que 5 liv. pour le dîner, le souper, le vin et la chambre, et 35 sous pour leur cheval. C'est sans comparaison le premier des hôtels où je suis descendu en France ; il est de plus très bon marché. Situé sur une petite place, près du théâtre, de manière aussi commode pour le plaisir et le commerce que le peuvent souhaiter ceux qui recherchent l'un ou l'autre.
Le théâtre a coûté 450 000 liv., et se loue aux comédiens 17 000 l. par an ; plein, il donne 120 louis d'or. Le terrain de l'hôtel a été acheté 9 liv. le pied carré ; dans quelques quartiers de la ville, il se vend jusqu'à 15 liv. Cette valeur du terrain conduit à donner aux maisons une hauteur qui en enlève la beauté. Le quai n'a rien de remarquable, le fleuve est embarrassé d'îles ; mais plus loin, du côté de la mer, s'élève une longue file de maisons régulières. Une institution commune aux grandes villes commerciales de France, mais florissant particulièrement à Nantes, c'est une chambre de lecture, ce que nous appellerions un book-club, qui ne se défait pas de ses livres, mais en forme une bibliothèque. Il y a trois salles : une pour la lecture, une pour la conversation, la dernière pour la bibliothèque. En hiver on y trouve un bon feu et des bougies (de cire). Messieurs Espivent eurent la bonté de m'accompagner dans une excursion sur l'eau, pour voir l'établissement de M. Wilkinson, pour forer les canons, situé dans une île de la Loire en aval de Nantes. Jusqu'à la venue de ce célèbre manufacturier anglais, on ignorait en France cette méthode de fondre les canons massifs pour les roder ensuite. L'appareil de Wilkinson, pour quatre canons, mû par des roues hydrauliques, est maintenant en œuvre ; mais on vient de construire une machine à vapeur avec un nouvel appareil pour en forer sept de plus. M. de la Motte, qui a la direction du tout, nous montra aussi un modèle de cette machine de 6 pieds de long, 5 de haut sur 4 ou 5 de large, qu'il mit en mouvement devant nous, en faisant un petit feu sous une chaudière qui ne dépasse pas les dimensions d'une grande théière. C'est une des machines que j'aie vue qui aient le plus d'intérêt pour un physicien voyageur.
Nantes est aussi enflammé pour la cause de la liberté qu'aucune ville de France ; les conversations dont je fus témoin m'ont fait voir l'incroyable changement qui s'est opéré dans l'esprit des Français, et je ne crois pas possible pour le gouvernement actuel de durer un demi-siècle de plus, si les talents les plus éminents et les plus courageux ne tiennent le gouvernail. La révolution d'Amérique en entraînera une autre en France, si le gouvernement n'y prend garde.
Le 23. - Un des douze prisonniers de la Bastille est arrivé ici ; c'était le plus violent de tous, et sa détention a été loin de lui apprendre à se taire.
Le 25. - Ce n'est pas sans regrets que j'ai quitté une société à la fois intelligente et agréable, et il me serait pénible de ne pas espérer au moins de revoir MM. Espivent. Il y peu de chances pour que je revienne à Nantes ; mais s'ils retournaient une seconde fois en Angleterre, j'ai la promesse de leur visite à Bradfield. Le plus jeune d'entre eux a passé, avec lord Shelburne à Bowood, une quinzaine qu'il se rappelle avec beaucoup de plaisir ; le colonel Barré et le docteur Priestley s'y trouvaient en même temps. Jusqu'à Ancenis, tout est en enclos ; nombreuses villas pendant les sept premiers milles. - 22 1/2 milles.
Le 26. - Tableau des vendanges. Je ne l'avais jamais vu avant aussi bien qu'ici ; les fortes pluies de l'automne dernier en faisaient un triste spectacle. À ce moment de l'année, tout est vie et activité. Les alentours sont divisés en nombreux enclos par de belles haies. Superbe vue de la Loire, du dernier village de Bretagne ; il y a une grande barrière qui traverse le chemin, et des douanes pour la visite de tout ce qui vient de là.
La Loire prend ici les proportions d'un grand lac ; des bois l'environnement sur chaque rive, ce qui est rare pour ce fleuve. Des villes, des clochers, des moulins à vent, un bel horizon, de charmantes campagnes, couvertes de vignobles, donnent à ce fleuve autant de gaieté qu'il a de noblesse. Entré en Anjou par d'immenses prairies. Traversé Saint-Georges et pris la route d'Angers. Après avoir perdu la Loire de vue pendant dix milles, je la retrouve dans cette ville. Des lettres de M. de Broussonnet m'attendaient ; mais ce monsieur n'avait pu savoir dans quelle partie de l'Anjou résidait le marquis de Tourbilly. Il m'était si important de trouver la ferme où ce gentilhomme a fait les admirables défrichements décrits dans son Mémoire sur ce sujet, que je me déterminai d'y aller, à quelque distance que ce fût de mon chemin. - 30 milles.
1 commentaire:
Je viens de compléter mon texte.J'ai maintenant la réponse.
Au plaisir de te faire visiter Nantes et la région !
http://asseracpenestin.blogspot.fr/
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