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jeudi 4 janvier 2018

Je suis de l'époque où le "passé simple" c'était populaire : Zorro est arrivé !

Depuis quelques mois, une polémique enfle. Il s'agit du "passé simple" (par opposition au "passé composé").

http://www.lepoint.fr/societe/et-ainsi-trepassa-le-passe-simple-19-12-2017-2181039_23.php

"« Nous partîmes cinq cents, mais par un prompt renfort/Nous nous vîmes trois mille en arrivant au port. » Quand les élèves de quatrième de Véronique Marchais découvrent ce célèbre passage du Cid, il n'est pas rare d'entendre résonner dans la classe un désarmant : « C'est pas français, ça, M'dame ! » Remarque tout à fait légitime puisque, depuis la mise en œuvre des nouveaux programmes de l'Éducation nationale, la conjugaison du passé simple ne s'apprend plus qu'aux troisièmes personnes du singulier et du pluriel en début de collège. Alors, rien d'étonnant que des terminaisons en « îmes..."

http://www.lepoint.fr/societe/la-fin-du-passe-simple-c-est-la-perte-d-une-nuance-de-l-esprit-19-12-2017-2181037_23.php 

extrait :
"Alain Borer : Comme le russe ou l'arabe, la plupart des langues du monde, en effet, ne distinguent que trois temps : le passé, le présent, le futur. À leur différence, la temporalité des langues romanes, et notamment celle de la langue française, s'attache à situer le sujet parlant dans des situations temporelles de haute précision, comme le futur antérieur ou le plus-que-parfait, qui permettent des nuances, des fictions, des analyses, d'une subtilité précieuse. Telle est la grande découverte – la grande difficulté, aussi, pour les enfants comme pour les étrangers qui apprennent notre langue – que font par exemple les Asiatiques en apprenant le français : qu'il y a DES passés différents, alors que le passé dans les langues idéogrammatiques ne se déduit que du contexte."

https://www.slate.fr/story/155906/passe-simple-ecole-education-enfants

https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/peut-on-encore-sauver-le-passe-199832

http://www.europe1.fr/emissions/le-fin-mot-de-linfo/a-lere-du-present-perpetuel-le-passe-simple-na-aucun-avenir-3535112

Je me suis rappelé la chanson d'Henri Salvador, Zorro est arrivé. Il y a bien du "passé simple" dans cette chanson. Et le "passé simple" en fait tout le charme, il me semble !Aujourd'hui une telle chanson serait-elle recalée par les diffuseurs. Et en plus, elle est en français. Pas un mot d'anglais ! Nul ! Les cocoricos maintenant on les énonce en ingliche. Les cabinets de pub veillent.


Dans mon fauteuil, je regardais
Le film à la télé
Un type nommé Jojo le Bouffi
Poursuivait la pauvre Suzy
Il la coinça près d'la scierie
Et très méchamment lui dit :
"Si tu m'donnes pas ton ranch, en moins d'deux
Je vais t'couper en deux"
Puis il l'empoigna
- Et alors ?
Ben, il la ficela
- Et alors ?
Il la mit sous la scie
- Et alors ? Et alors ?

{Refrain:}
Eh, eh, Zorro est arrivé
Sans s'presser
Le grand Zorro, le beau Zorro
Avec son ch'val et son grand chapeau

Mais bientôt j'ai pris la deuxième chaîne
Car un vieux schnock parlait
Charmante soirée, sur la deuxième chaîne
Ils passaient le même navet
Près d'une cabane Jo le Bouffi
Coinçait la pauvre Suzy
Et il lui disait :
"Donne-moi ton ranch, eh, poupée !
Ou j'te transforme en purée"
Puis il l'empoigna
- Et alors ?
Ben, il la ficela
- Et alors ?
Il mit le feu à la dynamite
- Et alors ? Et alors ?

{Refrain}

Mais moi j'en avais tellement marre
J'ai repris la première chaîne
Et devant mes yeux, mes yeux hagards
Se déroulait la même scène
Et Jojo, Jojo le Bouffi
Dans un sac fourrait Suzy
Disant :
"Donne-moi ton ranch, eh, boudin !
Ou j'vais t'balancer sous l'train"
Puis il l'empoigna
- Et alors ?
Ben il la ficela
- Et alors ?
Sur les rails il la fit rouler
- Et alors ?
Ben le train arrivait, les copains !
- Et alors ? Et alors ?

Eh, eh, Zorro est arrivé
Sans s'presser
Le grand Zorro, le beau Zorro
Avec son ch'val et son grand chapeau
Avec son flingue et son grand lasso
Avec ses bottes et son vieux banjo

Ah ! Ah ! Sacré Zorro, va !
Ah ah ah ah !

Je vous fait profiter d'un échange avec un de mes correspondants.

"Ce n'est pas nouveau. L'IUFM (quand j'y étais) nous recommandait d'interdire ce temps, en "rédaction", aux collégiens... Évidemment on en payait les conséquences, en seconde, sur les capacité de lecture des œuvres classiques.

C'est un cas typique de mauvaise transposition, dans le secondaire, des travaux universitaires de Gérard Genette (qui lui-même reprend Benveniste). Il distinguait temps du récit (dont le passé simple est le noyau) vs. temps du discours (dont le passé composé est le noyau). Mais n'en faisait pas du tout une opposition de niveau de langue (familier vs. soigné) ! C'est totalement propre à la France (car Genette est Français !) ; les Italiens et les Espagnols, qui ont le même système verbal que nous,
utilisent très couramment le passé simple, sans que cela soit connoté en termes de niveau de langue. Les éboueurs, en Espagne, parlent au passé simple (je les ai entendus !)

Par ailleurs, et c'est pitié au plan intellectuel, ce souci d'égalitarisme revient à faire croire que le langage quotidien (+/- populaire) ne peut pas être une langue littéraire. Qu'en disent Louis-F. Céline ?! et Prévert, et Brel, etc.

Henri connait l'occitan et ses temps surcomposés (subrecompausats) ! à double auxiliaire, donc.

"ai agut cantat, aquela cançon" = j'ai l'ai chantée [il y a très longtemps] cette chanson.""



Je lui ai adressé le texte suivant de Claude Duneton que Le Figaro a refait paraître :

Le passé simple est le futur du français


Le passé simple n'est pas aussi compliqué qu'on veut bien le lui faire dire. C'est la conviction de Claude Duneton. Le journaliste infirme l'idée selon laquelle le temps serait trop difficile à utiliser et explique pourquoi il serait de bon usage pour l'avenir du français de continuer à l'employer.

Nous possédons en français deux temps du passé dont l'évolution respective étonne. Le passé dit «simple» parce qu'il est sans auxiliaire, je lus, je courus, a pour vocation, en principe, d'indiquer une action précise, bien localisée dans le passé une action achevée: «Je courus vers l'autobus qui démarrait». Curieusement, ce temps simple, commode, jadis d'une grande fréquence d'emploi, est totalement sorti de l'usage dans la langue orale, au terme d'une évolution constante qui débuta vers la fin du XVIIIe siècle. Il s'est trouvé relégué à la seule langue écrite ; personne ne dit plus: «Hier, il s'éveilla à cinq heures», ou: «Je pris le train de 19 h 57».

Parallèlement, le passé composé parce que formé avec un auxiliaire possède, en théorie, un rôle relativement limité dans la syntaxe. Il devrait servir, «normalement», aux actions mal datées à l'intérieur d'une période donnée «Il nous a rendu visite trois fois le mois dernier» ou bien à l'occasion d'un événement dont l'influence se prolonge jusqu'à l'instant présent: «Il est arrivé hier», ce qui suppose que le personnage se trouve encore parmi nous. À cette nuance se rattache les usages du type: «Jésus est né à Bethléem» cette naissance fameuse fait de la petite ville de Judée un lieu remarquable dont le rayonnement n'a pas encore tout à fait cessé.
La «lourdeur» du passé simple infondée?

Or, par un effet de vases communicants, le passé composé a fini par occuper toute la place laissée par le recul du passé simple, à l'oral, puis à l'écrit. Les raisons de cette omniprésence, qui n'affecte bizarrement que la langue française en Europe, demeurent obscures.

On a beaucoup mis en avant la «lourdeur» supposée du passé simple, surtout pour les formes en âmes et âtes, mais c'est un faux procès, et je partage là-dessus l'opinion de Grévisse: «C'est prendre la conséquence pour la cause: ces formes n'étaient pas moins complexes quand elles étaient bien vivantes», dit-il avec raison. J'irai même jusqu'à affirmer que la légèreté et l'élégance sont très souvent, sur le plan formel et stylistique, du côté du passé simple. «Nous partîmes cinq cents» (ou «à huit heures»), est beaucoup plus élégant à l'oreille que «Nous sommes partis cinq cents».
Jeu d'enfant, ou de débutant, ou d'étranger à la langue?

Je voudrais proposer un éclairage qui ne semble pas avoir attiré jusqu'ici l'attention des grammairiens, c'est que la présence d'un auxiliaire simplifie énormément la conjugaison des verbes. Il suffit de savoir décliner «avoir» et «être» au présent de l'indicatif ce qui est rudimentaire à souhait. Ajouter le participe passé du verbe porteur de sens est un jeu d'enfant. «Il est venu, il a pris», représente une économie de conjugaison sur «Il vint, il prit». Cela court-circuite les formes variées, parfois hésitantes, du passé simple. «Il a foutu le camp» est à la portée de toutes les bouches, alors que la forme régulière (non enregistrée par les dictionnaires, toutefois) «Il foutit le camp» n'est aujourd'hui accessible qu'à une minorité de locuteurs.

Jeu d'enfant, ou de débutant, ou d'étranger à la langue?... On n'a pas assez considéré que la langue française fut une langue rapportée, imposée à la vaste majorité des populations dialectophones de l'Hexagone, surtout à partir de la Révolution. Je suis frappé de constater que cette francisation des masses s'opérait, durant le XIXe siècle, pendant que le passé simple, qui offre des facilités énormes aux débutants, devenait dominant à l'oral.

Simple coïncidence? J'en doute fort. Nous devons réfléchir sur cet apprentissage du français par l'ensemble de la nation, durant un siècle capital où les «émigrés de l'intérieur» ont laissé leur marque langagière dans l'auto-intégration. Au fond, le passé composé est trop simple, et le passé simple trop «composé» pour les nouveaux venus dans la glossie!

Retrouvez les chroniques de Claude Duneton (1935-2012) chaque vendredi. Écrivain, comédien et grand défenseur de la langue française, il tenait avec gourmandise la rubrique Le plaisir des mots dans les pages du Figaro Littéraire.


Et il m'a répondu :

"Ouille !!Duneton simplifie ! Il raisonne hélas sur l'anglais... (il était prof d'anglais).

Le passé composé est, morphologiquement, un temps bien plus difficile à orthographier que le passé simple (il ne porte pas le nom de "simple" pour rien ! il est parfaitement régulier, l’algorithme est toujours le même !).
Le maniement du passé composé exige au préalable que l'on connaisse la graphie des participes passés, et ses règles d'accord : c'est complexe. (Il est monté / Elle est montéE vs. Il/Elle monta"). "J'ai ri", souvent orthographié "J'ai rit", par analogie sur le présent simple. Ce n'est pas du tout "un jeu d'enfant", contrairement à ce que dit Duneton : je corrige ces erreurs de part. passé mal orthographié dans des copies de gens de plus de 18 ans..."j'ai souris"..."il est repartit"...

Sémantiquement, le passé composé est également source de difficultés (contrairement au passé simple), à cause de la double auxiliation. Doit-on dire "il est monté" ou "il a monté" ? Y a-t-il nuance de sens entre les deux, voire une nuance syntaxique ? "Il monta" est plus simple, y compris du point de vue visio-graphique.

Ce qu'il faut dire, du point de vue de l'histoire de la langue, c'est que le passé composé est une grande invention romane (autour du Xe siècle ; il n'existe pas en latin classique) qui correspond très bien à la forte tendance analytique du français. Le français aime l'auxiliation, aime déporter toujours vers la gauche la mole temporelle (j'irai vs. je vais aller) car il a une intonation paroxytonique (on entend mal les fins de mots en fr., contrairement à l'espagnol ou l'italien ; pour le dire techniquement : les syllabes finales du français sont souvent atones, surtout en voyelle faible : e ; on évite donc - quand on peut - d'inscrire la désinence temporelle dans la terminaison). C'est donc la fuite à gauche pour faire porter et le sens et le temps !

Le départage entre les usages d'un passé simple (calqué sur le latin) et ce nouveau tiroir verbal de formation romane nommé "passé composé" est infiniment plus complexe que ce que dit Duneton... (qui là raisonne en fait sur l'anglais). Surtout si on se place dans une perspective diachronique (= en histoire de la langue). La Chanson de Roland utilise des passés composés là où les éditions bilingues traduisent en fr. moderne pas un... passé simple !

Les candidats au Capes et l'agreg de lettres préfèrent être interrogés sur le passé simple que sur le passé composé ! Le second est bien plus difficile, à tous points de vue (morphologie, syntaxe, sémantique).

La raison de la désaffection des locuteurs pour le passé simple n'est pas si "inexplicable". Elle est très largement à rechercher, comme je le disais dans mon message précédent, du côté des modes pédagogiques. Pendant un peu plus de 40 ans, l'IUFM a exigé l'élimination de ce temps dans les
pratiques scolaires, pour des raisons non pas esthétiques mais idéologiques. Il fallait que Corneille et Racine ne SOIT PLUS des modèles d'écriture pour les élèves. Pourquoi ? pas parce que Corneille et Racine écrivaient mal, mais parce que Corneille et Racine étaient porteurs, PAR LEUR LANGUE MÊME, d'un corpus de valeurs, politiques, religieuses, sociologiques, qu'il fallait éliminer de l'"horizon-modèle" des jeunes esprits."

vendredi 8 janvier 2016

Concordance des temps : "Vous dévoriez notre sucre sans que nous le sussions "

cité par Abel Hermant, dans l'entrée "concordance des temps" de Ainsi parla monsieur Lancelot, (Le bon usage du français), Albin Michel

samedi 28 mars 2015

"je peuts, tu peuts, il peut, nous peutons, vous peutez, ils peutent..."

"En 4eme, révision du présent des verbes du troisième groupe (oui, j'en suis là !)... J'ai eu droit à pas mal de propositions fantaisistes, mais la meilleure reste quand même : je peuts, tu peuts, il peut, nous peutons, vous peutez, ils peutent..."
http://www.neoprofs.org/t87889p120-perles-de-nos-eleves#2992597

Ah vivement que le français soit remplacé par la tablettologie trois points zéro financée par nos Conseils départementaux  impôts.

Pourvu qu'ils consomment. On ne leur demande pas plus. Google se répand comme la vérole sur le bas clergé breton. Ça baigne. La ministre de l'Educ Nat et ses inspecteurs veillent sur ces profs sadiques.

Et la grand-mère qu'elle aille faire son café et ne nous fasse pas chier en quatrième. On n'est pas des débiles. On a des marques sur le dos.


Fôtez bien demain.

L'élève au centre de la langue

" Conjugaison du verbe "être" au futur, 1ère personne du pluriel : nous étrons..."

http://www.neoprofs.org/t87889p120-perles-de-nos-eleves#2992597

Ben, merde alors !

mercredi 28 janvier 2015

Les "suffixes évidentiels"

" Certaines langues d'Amazonie, mais aussi dans une moindre mesure le quechua, l'aymara, les langues turques et finno-ougriennes, recourent à des formes verbales différentes selon la manière dont l'information est parvenue au locuteur. Ainsi, en tariana, pour dire "Le chien l'a mordu" on a le choix (mais on est obligé de choisir) entre cinq formes différentes :

Chinu niwhaka dina,
si l'on a vu la personne se faire mordre ;
Chinu niwhamahka dina,
si on a entendu les aboiements et les cris ;
Chinu niwhapidaka dina,
si on l'a appris de quelqu'un ;
Chinu niwhasika dina,
si l'on fait une déduction en voyant la blessure ;
Chinu niwhanihka dina,
assez proche du précédent, mais la part de réflexion est plus importante, la déduction est moins directe.

Les suffixes soulignés portent le nom de "suffixes évidentiels" ; le dernier peut aussi servir à exprimer une vérité générale connue de tous, donc non transmise par un canal particulier, dans des phrases du type ; "La Terre est ronde." La différence entre ces formes ne réside pas dans un engagement plus ou moins ferme du locuteur concernant la validité de l'information reçue (comme en français lorsque l'on passe de l'indicatif au conditionnel ; "Le chien l'a/l'aurait mordu"): dans tous les cas ci-dessus, l'information est présentée comme fiable. "

Poésie du gérondif, Jean-Pierre Minaudier, Le Tripode, page 120

grammaire vs vocabulaire

" [...] il me semble possible d'avancer que la difficulté d'apprentissage se place à des niveaux différents selon les langues : dans certaines, comme l'anglais, le mandarin, le thaï ou le khmer, elle réside largement dans la mémorisation d'un vocabulaire pléthorique et d'un grand nombre d'idiomatismes, qui compensent la relative pauvreté de la grammaire ; dans d'autres, comme l'ingouche ou le slavey, elle réside avant tout dans l'assimilation d'une grammaire tentaculaire, qui compense le relative pauvreté du vocabulaire - en d'autres termes, l'apprentissage fait moins appel à la mémoire et plus à la logique. De même, dans certaines langues la qualité d'un texte littéraire, la richesse et la beauté d'un style reposent en grande partie sur l'emploi d'un vocabulaire étendu, et dans d'autres, sur l'emploi d'une large gamme de moyens grammaticaux : autant dire qu'un texte traduit d'une langue du premier type dans une langue du second, ou le contraire, risque d'avoir l'air plat, puisque la langue d'arrivée ne dispose pas des mêmes ressources que la langue de départ, ce qui ne veut pas dire qu'elle en a moins. "

Poésie du gérondif, Jean-Pierre Minaudier, Le Tripode, page 121

samedi 24 janvier 2015

La contrepèterie, méthode de la langue khmer

en Khmer, "la contrepèterie y constitue une méthode tout à fait banale pour fabriquer un mot à partir de deux autres : ainsi, à partir de phân ("poussière") et de cheh ("brûler"), on forme pheh chân ("cendre"). Ce qui permet, au passage, de risquer une hypothèse inédite sur l'origine des Khmers : ils sont arrivés à pied par la Chine."

Jean-Pierre Minaudier, Poésie du gérondif, p. 90

"La lecture d'une grammaire peut constituer un véritable roman policier"

" La lecture d'une grammaire peut constituer un véritable roman policier. Qui diantre est le coupable, l'accusatif ou le génitif ? Parfois le suspense monte, insoutenable, sur plusieurs chapitres ; l'accord du verbe avec le complément d'objet direct se fera-t-il jusque dans les subordonnées ? A l'issue d'une haletante démonstration dont la conclusion est que "toutes les voyelles brèves du khalkha sont en réalité des schwas épenthétiques " (les garces !), le lecteur convenablement excité éprouvera une volupté proche de celle du tchékiste démasquant un nid de saboteurs hitléro-trotskystes dans une usine biélorusse en 1937."

Note :
Le khalkha est la langue officielle de la Mongolie. La formule entre guillemets, qui fait référence au phénomène des schwas que j'ai déjà décrit, est un résumé approximatif, tendancieux, malintentionné et pour tout dire stalinien d'un passage de l'ouvrage de Juha Janhunen (éd.) dont j'implore le pardon la corde au cou et la tête recouverte de centres : The Mongolic Languages.... "

J.P. Minaudier, Poésie du gérondif, Le Tripode, page 89

vendredi 2 janvier 2015

Poésie du Gérondif, Jean-Pierre Minaudier, Denis Dubois

http://le-tripode.net/livre/jean-pierre-minaudier/poesie-du-gerondif

http://blogs.rue89.nouvelobs.com/balagan/2014/12/30/vous-detestez-la-grammaire-vous-adorerez-poesie-du-gerondif-233995

http://blogs.rue89.nouvelobs.com/les-plans-culture-de-la-redac/2014/04/05/poesie-du-gerondif-le-livre-le-plus-enthousiasmant-du-moment-parle-de-grammaire-232671

Je constate que la scie actuelle chez les chroniqueurs est "la torture scolaire". Ben didon !

Mieux à lire :
http://www.revue-hippocampe.org/actualites/313-jean-pierre-minaudier-poesie-du-gerondif-gillyboeuf.html

L'auteur présente son livre en une minute :
https://www.youtube.com/watch?v=yDmse3IheJQ

Le site de l'auteur :
http://www.minaudier.com/pourquoi.htm

Rappel :
http://fr.wikipedia.org/wiki/G%C3%A9rondif

P.S.

Je lis ce 22 janvier dans Courrier International :
" Mexique. Seri, tzotzil ou encore nuhuati. Depuis quelques années, relève BBC Mundo, les paroles de plusieurs grands tubes mexicains sont souvent chantées dans des langues indigènes que l'on croyait pour certaines disparues depuis que l'espagnol s'est imposé...Le seri par exemple, qui n'est plus parlé aujourd'hui que par 900 personnes, se décline désormais sur les ondes mexicaines en version rock, reggae ou même hip-hop".""

lundi 8 décembre 2014

Comme si nous n'avions pas assez de taxes, la parataxe envahit le discours moderne !

http://fr.wikipedia.org/wiki/Parataxe

"avantages clients"
"banque nouvelle génération"

Ah ah ! le vocabulaire français et sa grammaire sont en voie de simplification. Au jour d'aujourd'hui comme on dit dans les" médias trois points zéro services publics".

Un correspondant bibliothécaire m'écrit :

"je suis retombé dans la litanie administrative avec le tableau que voici. Son rédacteur à dû jongler entre la modernité triomphante où domine la parataxe (« Compte lecteur », «Accès recherche », « Remboursement badge ») et l'intérêt d'être compris. Pour cela, il arrive plus rarement qu'on utilise des mots de liaison (« Remboursement d'ouvrage »). Bien de l'hésitation pour faire ces choix, sans doute.

Ce qui me rappelle une anecdote dans ce même bureau, où je voisinais au début avec un collègue chargé des périodiques. Les périodiques, c'est ce type de documents que les gens qui n'ont pas la chance de faire partie de l'élite qui exerce en bibliothèques nomment avec leur pauvre langage: « journaux » ou « revues ». Et mon collègue barbu et à la voix sonore s'était écrié en faisant trembler les vitres : « Qui m'a pris mon tampon périodiques ? »


P.S. Je ne vous joins pas le tableau cité. Évitons de trop polluer la Toile. Soyons écolos !
Et supprimons prépositions et conjonctions du vocabulaire français !

Cet article me rappelle la pièce de Vercors (Zoo ou l'assassin philanthrope) vue à la Maison de la Culture de Loire Atlantique, maintenant appelée "Le Grand T" 

"Et quand, en Amérique, vous lisez en grosses lettres sur une station-service : HERE EAT CAR WASH ("ici-mange-auto-lave") est-ce encore du langage articulé ? L'Américain moyen limite son vocabulaire à trois ou quatre cents mots : il vaut donc dix corbeaux ou six orangs-outangs ?

lundi 22 septembre 2014

"on ne circule pas en vélo, mais à vélo"

Je lis dans les commentaires d'un blog bien connu
http://blog.causeur.fr/bonnetdane/enarchie-et-dependances-00513.html

Un professeur a écrit ceci : « A partir de cette date, et compte-tenu qu’on ne luttera efficacement contre le naufrage de la langue française que si le Président de la République et le Premier Ministre se voient nommément mis en cause, je relèverai quelques-unes de leurs fautes.

1°) M. Manuel Valls confond il y va avec il en va.

Il en va s’emploie dans un sens comparatif: il en va de la France comme il en va de sa grammaire.

Il y va renvoie à un enjeu: il y va de la survie de la France.

2°) M. Manuel Valls  confond aussi et ainsi. Aussi demande l’inversion, ainsi l’exclut. On dit: Ainsi nous sommes satisfaits.

3°) M. Valls ignore que clôturer signifie poser une clôture au sens matériel du terme.

4°) M. Valls ignore qu’on part pour…, et non à…

5°) M. Valls ignore qu’on ne dit pas par contre, mais en revanche.

6°) M. Valls ignore qu’on peut tomber malade, mais non tomber enceinte.

7°) M. Hollande ignore que le verbe impulser n’est pas français.

8°) M. Hollande ignore le sens du verbe initier, qui signifie enseigner les secrets d’une religion, d’une doctrine, d’une discipline scientifique.

9°) M. Hollande confond près de et prêt à.

10°) M Hollande ignore qu’on ne circule pas en vélo, mais à vélo.

11°) M. Hollande ignore qu’on ne débute pas quelque chose.

12°) M. Hollande ignore qu’on dit ce matin ou ce soir, mais non ce midi. "

Moi, j'y vais à vélo. Il y va de la sauvegarde de la planète (bien couillon ! ça fait de l'effet !). Il en va du vélo comme de la soupe aux orties.

La prochaine fois, ce sera le tour à (ou le tour de ?) * Sarkozy

Si vous tapez "le tour à/ le tour de" dans la fenêtre de Google, vous aurez droit à des liens sur le Tour de France ! Il ne vous reste plus qu'à lever le cul de votre siège pour aller prendre le Grévisse sur l'étagère de votre bibliothèque si vous ne pouvez attendre mes prochains articles.

Mais qu'importe ! on cause ingliche de nos jours en France. Même ceux qui n'ont pas fait les Bouisinesse scoules.

dimanche 6 juillet 2014

Histoire de la Librairie Médicale et Scientifique de Nantes (LMS)

Gilles Armange m'adresse un courriel m'annonçant son départ de la librairie (on dit aussi "départ à la retraite" ! ) pour de nouvelles activités. Et il me rappelle l'histoire de cette librairie.

- La librairie médicale a été fondée par Mademoiselle Trouillard
- Elle fut revendue à Monsieur et Madame Emerial, propriétaires dans les années 80
- Gilles Armange y créera la Librairie Informatique
Cette librairie fut la meilleure de France en Informatique. Les collègues français et étrangers qui sont venus à Nantes pour des conférences m'ont dit ne pas connaître une telle librairie chez eux. Il fut un temps où on y trouvait tous les LNCS (Lectures Notes on Computer Sciences) ! J'y passais toutes les semaines. Grâce à Gilles Armange j'ai pu m'auto-former. Puis petit à petit, les livres scientifiques n'ont plus trouvé preneurs (sauf en physique et en maths). Le succès était aux livres mode d'emploi de logiciels (dont ceux de Microsoft)... qui étaient livrés par MS sans mode d'emploi  ! Quand je pense que j'ai découvert la BNF (la grammaire) du langage Pascal dans un petit livre de Springer-Verlag fourni avec l'Apple II !
Et puis les règles administratives (Ohé nos députés ! vous dormez !), ont interdit aux établissements publics de commander directement leurs livres. Il fallait passer par des marchés. Fini l'excellent service que fournissait G. Armange : il nous prêtait les livres. Si le livre était creux (et ça arrive ! dont pas mal de livres des USA !), il nous le reprenait. L'Université ne déboursait rien.
Fin de la "Librairie Informatique" il y a quelques années.

- en 1990, G. Armange et la comptable Madame Bihan font une tentative infructueuse (faute de fonds... je ne parle pas du fonds des bibliothécaire !) de rachat.
- Monsieur Latard devient le propriétaire

- En 2006, le Groupe Privat achète
- Puis France-Loisirs
- Puis Bertelsmann
- Puis le fond de pension américain Najafi

http://najafi.com/about/

"Najafi Companies approaches its investments as partnerships; we seek out opportunities to partner with world-class management teams to create superior value for the long-term. We value our personal and business relationships and hold ourselves to the highest standards of ethical behavior. We treat our partners with respect and we interact in the marketplace with honesty and integrity."

Ah ah !


- En 2014, la Librairie Médicale est achetée par la librairie Durance et devient "Librairie Durance Médicale"
Alain Cormerais qui tenait la librairie Informatique et scientifique quand G. Armange est repassé au Médical, est toujours là avec une nouvelle libraire, Lise Pansiot

Sur ce même blog :

http://lefenetrou.blogspot.fr/2007/08/mes-dernires-acquisitions.html
http://lefenetrou.blogspot.fr/2009/01/seules-les-femmes-savent-marcher-avec.html

mardi 11 février 2014

Concert Orgues, Chorale, Nantes, 23 février 2014

http://www.orgue-nantes.com/concert/programme-2013-2014/dimanche-23-fevrier-2014/

Les mots "amour", "délice" et "orgue" sont les seuls mots de la langue française qui peuvent changer de genre en même temps que de nombre.
On dit par exemple :
"le parfait amour" et "les premières amours"
"un vrai délice" et "des délices infinies"
"un orgue d’église" et "les grandes orgues de la cathédrale"

L’écrivain français Georges Courteline expliquait qu’il faut dire "cet orgue est le plus beau des plus belles", sous peine de "parler sa langue comme un cochon".

La crépidule, elle aussi change de sexe. Naturellement ! C'est bio !

dimanche 8 décembre 2013

Notre Vialatte quotidien : Les mots d'une langue ont une physionomie

" Les mots d'une langue ont une physionomie ; on peut même dire qu'ils en ont deux : l'une sonore et l'autre géographique entre lesquelles le temps, l'usage, les habitudes ont créé des correspondances qu'on ne détruit pas impunément. L'orthographe purement phonétique défigure à tel point le langage qu'il faut longtemps pour retrouver le sens de la phrase. On la déchiffre comme un rébus. "

Alexandre Vialatte, chronique 880 du 10 décembre 1970

http://fr.wikipedia.org/wiki/Rectifications_orthographiques_du_fran%C3%A7ais
http://fr.wikipedia.org/wiki/Rectifications_orthographiques_du_fran%C3%A7ais_en_1990

samedi 7 décembre 2013

Notre Vialatte quotidien : La grammaire est, après le cheval, et à côté de l'art des jardins, l'un de sports les plus agréables.

"La grammaire est, après le cheval, et à côté de l'art des jardins, l'un de sports les plus agréables. Il faut toujours garder un vice pour ses vieux jours. La grammaire est l'un des meilleurs. Je serais assez d'avis, avec Audiberti, que l'orthographe est toujours trop simple, il y aurait intérêt à compliquer ses règles. Les amoureux de billard, de cheval ou de régates trouvent toujours à compliquer le jeu. Je crois que Jean Paulhan était du même avis. Probablement aussi Perret. Quand on est amoureux de la langue, on l'aime dans ses difficultés. On l'aime telle quelle, comme sa grand-mère. Avec ses rides et ses verrues. Avec son bonnet tuyauté qui donne tant de mal  la repasseuse. On ne veut pas la faire visager. On la trouverait méconnaissable. Et en serait-elle plus belle ? On ne sait jamais d'avance. Il y a des expériences qui ratent. "

Alexandre Vialatte, chronique 880 du 10 décembre 1970

http://fr.wikipedia.org/wiki/Jacques_Audiberti
http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Paulhanhttp://jacques-perret.com/http://jacques-perret.com/blog/2007/11/jacques-perret-1901-1992#.UqMzKNLuKzF
http://fr.wikipedia.org/wiki/Jacques_Perret_(%C3%A9crivain)

dimanche 12 mai 2013

Le futur n'est plus ce qu'il était

http://www.huffingtonpost.fr/antoine-compagnon/respect-de-la-langue-francaise_b_3200754.html

Extraits : 

À présent, c'est le futur simple qui se raréfie et devient un anachronisme, voire un snobisme. Se substituant à ce diplodocus en tout lieu, le verbe "aller" suivi d'un infinitif, qui signifiait autrefois le futur proche, a pris rang, le présentisme aidant, d'auxiliaire universel du futur, ou même de présent de narration passe-partout. Aux nouvelles, on n'entend plus : "Le président de la République se rendra en Chine", mais "va se rendre en Chine", quelle que soit l'échéance, demain, la semaine, le mois, l'an prochain, ou jamais. Parler au futur, et même écrire, cela fait démodé, élitiste, exclusif. [...]

Mercredi, je visitais l'exposition Gustave Bourdin au musée Jacquemart-André. Là aussi, excellente exposition. Enfin, pour les années baudelairiennes, celles des plages mondaines et des cieux - ou plutôt ciels - crépusculaires. Mais le premier panneau me désappointa tant que je renonçai à lire les suivants : "Influencé par l'exemple de Constant Troyon, Eugène Boudin va réaliser tout au long de sa vie de nombreuses études de vaches. De ce sujet apparemment anecdotique, il va tirer de multiples variations." Mon sang, comme on dit, ne fit qu'un tour. Pourquoi pas "réalisera" et "tirera", ou un présent de narration, "réalise" et "tire" ? Quoi de plus désolant que cette langue à la va-comme-je-te-pousse !

http://www.neoprofs.org/t60252-antoine-compagnon-regrette-la-disparition-du-futur-simple#1960168

mercredi 8 février 2012

La théorie du genre enseignée dans les cours de "Sciences de la vie et de la terre" fait polémique fait polémique

 http://fr.wikipedia.org/wiki/Gender_studies
 Il y a ceux qui sont contre : 
http://ecole-deboussolee.org/
et ceux qui sont pour (forcément, il y a bien quelqu'un qui a rédigé les programmes !)
La question me semble être : pourquoi mettre ce sujet dans les SVT ?
Je sais bien, il y a le V de vie. Si ce n'était que comme mettre "Power Point" ou
"Word" dans les cours d'informatique au lieu de le mettre dans les cours de Français.
Mais, on en conviendra, c'est plus que ça. 
Tiens pourquoi pas dans les cours de littérature ? 
Simone de Beauvoir écrivait bien avant les universitaires des USA : 
« On ne naît pas femme, on le devient ». Ce que Judith Butler a transformé en : 
« On n’est pas femme, on le devient ».

dimanche 11 septembre 2011

La grammaire et le sexe

On m'écrit :

Un passage du récent ouvrage de Maria Grazia Bajoni, "Les Grammairiens lascifs. La grammaire à la fin de l'Empire
romain", éd. Les Belles Lettres, 2008, p. 92.

" La grammaire et le sexe. Le sexe et la grammaire. Les deux vont toujours
de pair chez les Grecs et les Romains, à telle enseigne que le grammairien
est souvent considéré comme un pervers sexuel à qui les parents répugnent
à confier leurs enfants. (...)
Il existait, dans l'Antiquité, une échelle de l'infamie sexuelle. Une
hiérarchie du déshonneur. A Rome, la sexualité orale était la
transgression la plus grave qu'un homme adulte libre pouvait commettre,
parce que la bouche était l'organe privilégié du citoyen romain, de
l'"orator" : en la souillant par des contacts génitaux, "le citoyen
pervertit aussi toute communication orale par la puanteur de ses paroles.
Il repousse loin de lui ses concitoyens, qu'il agresse de son haleine
comme il les agresserait par des paroles obscènes." (P. Veyne). Le
cunnilingus se présentait comme la pratique la plus infamante : en se
soumettant au plaisir de la femme, l'homme jouait un rôle de passivité
féminisante et perdait sa masculinité sociale ; il s'assimilait à une
femme "fellatrix". La sexualité, comme la grammaire, avait donc en commun
leur haute valeur "politique" : toutes les pratiques et les rôles
érotiques qui pouvaient compromettre le sérieux (gravitas) et l'honneur
(dignitas) du "vir" romain étaient interdits".

 
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