Les loisirs
Quand j’étais
tout petit, le dimanche après-midi nous allions nous promener
jusqu’au viaduc. On passait par derrière l’hôpital, par le
champs de foire et ses barres, puis la rue Gambetta et ma mère
discutait avec madame Chaminade, sage-femme qui devait remplacer ma
mère l’après-midi. Je pense qu’elles échangeaient des
informations sur les parturientes. Peut-être des histoires de sous
(on mesurait l’ouverture du vagin en sous).
J’ai des photos
prises dans le jardin de la mairie. Et je me souviens du petit-parc
situé au-dessus du garage des pompiers, avec son bac à sable et ses
crottes de chiens et de chats.
Certains dimanches
nous allions à vélo au Moulin des Cailloux. Mon père fixait la
canne à pêche le long de la barre horizontale de son vélo. Et
j’étais assis sur le porte-bagage. Une fois il y a eu un orage et
nous nous sommes réfugiés dans une cabane de feuillardier où j’ai
découvert les outils. Mon père avait un de ces outils. Il servait à
retailler les suchous (les sabots de bois). Et aussi à faire du
petit bois pour allumer la cuisinière et les poêles dans les
chambres.
Quand la 2CV est
arrivée en 1956, j’avais dix ans. Les premières découvertes
furent, hors les communes alentours de St-Yrieix, les cascades de
Gimel, la grotte de Lascaux. A Montignac la 2CV est tombée en panne
presque devant un garage. C’était la bobine qui était HS. Depuis
j’ai appris de celui qui a remis cette 2CV en état – elle roule
toujours – qu’il faut avoir une bobine de secours dans la
voiture. On a visité Hautefort, la grotte des mammouths à
Rouffignac, la grotte de Villars, Domme, Sarlat, les Eyzies, etc.
En famille on allait
à la pêche au Retour au Chalard ou sur la route du Gravier qui mène
de Jumilhac à la Tour au Chalard. Plus tard, avant chaque rentrée
des classes au lycée, j’allais avec Claude à vélo à la forge et
ses restes du martinet le long de l’Isle en descendant à travers
bois et nous remontions la rivière et ses gros rochers.
Le jeudi, il y avait
le patro. Conduit par l’abbé, on allait en défilant jusqu’au
moulin de la folie en montant les escalier du Marché-Vieux et le
long du parc du château des Pénitents. Pendant notre marche, nous
chantions « Dans la troupe y’a pas de jambe de bois ».
On y faisait des parties de foulard, on y grimpait aux sapins et on
revenait les doigts poisseux.
En hiver l’abbé
nous faisait des projections (en noir et blanc!) des albums de
Tintin. Et les premières furent Objectif lune et On a
marché sur la lune. En 1969, le jour de la marche sur la lune je
marcherai dans les rues de New-York et avant de découvrir une
reproduction du Lem, j’y verrai de grands calicots dans les
avenues, avec la photo du chef-reliquaire de saint Yrieix !
J’ignorai alors que notre chef-reliquaire de la collégiale du
Moustier était une copie. Qu’un curé l’avait vendu et qu’un
orfèvre de Londres en avait fait une copie. Au Metropolitan Museum
il y avait une exposition sur le Moyen-Age et notre chef-reliquaire
en était la vedette. J’ai demandé à voir un conservateur. Il m’a
montré la fiche sur laquelle j’ai appris que c’était un don de
John Pierpont Morgan.
Avec
le vélo, on allait à la pêche, on allait se baigner à l’étang
Baudy et à l’étang de Puymoreau situé avant Glandon. On
suivait les pompiers.
Je
me souviens aussi de la fête de Jumilhac et de son mat de cocagne
La
première fois que je me suis baigné je pense que c’est en bas de
la chute d’eau du moulin des cailloux. J’ai conservé une photo
de mon père y nageant. On y
pique-niquait. On utilisait
la gamelle, le quart et la gourde recouverte de tissus de mon père.
Cette gourde je l’ai laissée sur la margelle d’une fontaine à
Chaudes-Aigues
quand j’ai fait un tour du Cantal à vélo avec Claude.
On allait chercher l’eau à
une source au milieu d’un pré. Mon père m’avait appris à
utiliser les sautadours et à ne pas abîmer l’herbe. Nous avions
la petite bouteille d’alcool de menthe et quelques morceaux
de sucre.
Au
Pont-las-Bordas, à côté de l’abattoir, et en face du lavoir,
nous pêchions les goujons bien nourris.
A
l’abattoir nous allions chercher de la bidoche pour pêcher les
écrevisses. On pêchait avec des balances, mais aussi avec des
fagots de nuit. On mettait la bidoche au milieu du fagot. Et on
allait mettre nos fagots dans le ruisseau qu’on rencontre quand on
continue la route qui passe devant le cimetière. Il fallait éviter
les gendarmes !
Les
concours de pêche étaient un grand événement. Tôt le matin, on
entendait au coin de la rue jouer le Soldat lève-toi, soldat
lève-toi bien vite. Et il y avait un grand défilé des pêcheurs
avec leurs canes sur les épaules. Puis des sous-défilés se
dirigeant chacun vers un étang.
Les
cirques aussi. Quel spectacle que voir les costauds qui à trois
tapaient sur des pieux métalliques ! Ensuite on avait le zoo du
cirque. Et je me souviens encore du film Sous
le plus grand chapiteau du monde.
Etudiant à Limoges, je
trouverai l’enveloppe et participerai au Jeu des Milles Francs avec
Roger Lanzac sous le chapiteau Pinder en centre ville.
Le
cinéma était aussi un des loisirs. Avec les séances de
Connaissance du Monde au
ciné de chez Michel à côté de la Poste de l’époque.
J’y ai vu des célébrités comme Alain
Bombard, les Mahuzier, Cousteau...
Dans
les près le long de la route de Montluc on allait ramasser des rosés
qu’on mettait ensuite en conserve. Bien sûr on savait faire la
différence entre les rosés et les foumareux (les vesses de loup
toutes petites). Quand on
allait chercher les cèpes, on allait voir les charbonniers. Il
m’est arrivé de ramener à la prof de sciences nat une ou deux
vipères. On se méfiait beaucoup des serpents. Et on ne serait
jamais allé en nus-pieds dans les bois et dans les fourrés.
On
construisait une cabane et un four au Petit Bois (route de Montluc)
où nous cuisions notre pêche, puis en automne les châtaignes.
J’étais
totalement libre comme les copains. Et
nous en avons fait des bêtises. De nos jours nous serions sans doute
passés devant le juge des enfants !
Nous
nous fabriquions des arcs et des flèches. Et les tirions au-dessus
de l’église. Or un jour une flèche est tombée sur un landau.
Heureusement qu’il y avait des landaus à l’époque !
Chez
Claude, le jardin donnait sur les toits de la rue du marché. Et nous
jetions par dessus les toits des coings. Un coing c’est dur et
lourd. Nous avons entendu des cris. Nous avons compris.
Nous
passions pas mal de temps dans les combles de l’église. Le comble
c’est quand nous passions sur la coupole du cœur alors qu’il y
avait un mariage ou un enterrement et que notre passage faisait
tomber de la poussière divine. Un
de nous prenait de sacrés, normal, risques dans le clocher, se
pendant au battant de la cloche. Et c’était de nuit. On savait où
la sœur Emmanuelle mettait la clé qui montait au clocher.
Claude
ne manquait pas de jouer de l’orgue. Il avait pour prof de musique
celui qui fut le plus vieil organiste du monde et qui n’a même pas
une rue qui porte son nom à St-Yrieix !
Un
passage difficile était l’échelle de fer au dessus du bénitier
situé au niveau du porche de la place du Moustier. Un jour un de
nous a fait tomber sa sandalette dans le bénitier. Quand plus tard
le prof de philo Alain Desfougères nous a dit qu’on ne voyait plus
le diable dans le bénitier, j’ai dit à mon copain, « il ne
sait pas qu’on y voit une sandalette ». Normal, Desfougères
n’allait pas à la messe, mais madame y allait et ne lui disait pas
tout.
Alors
quand nous regardions chez Claude la télévision et que nous avons
appris l’histoire des missiles de Cuba, nous avons fait du sérieux.
Comme d’autres nous avons creusé dans le jardin pour faire un
abri. Au mieux il aurait pu servir de tombe ! A la maison mon
père avait testé son masque à gaz sur la gazinière !
Nous
montions aussi des spectacles ! J’avais eu à Noël un
projecteur de cinéma dont les films étaient en papier, avec pour
chaque position, deux dessins légèrement différents. Claude lui
avait un appareil plus moderne mais moins pédagogique. Alors on
faisait des séances de cinéma dans la chambre d’Henri IV dont le
plafond était couvert d’une grande toile où était représentée
l’église avant la rénovation qui l’avait pourvue de créneaux.
Comme je disposais de grands cartons qui avaient servi à envoyer des
chaussures à mon père, on avait fait des tours de magie. Un de nous
était dans le carton. On gagnait quelques centimes !
Nous
étions curieux. On recherchait par exemple du kaolin du côté du
Clos-de-Barre, un souterrain sous la Tour du Plô qui disait-on
ressortait au château de Montluc. On passait des journées chez
Charles dont le père était récupérateur dans les tas de livres.
On parcourait les greniers lisant l’Illustration. Un jour Pierre
Charles nous a dit que son père devait évacuer le contenu du
tribunal. Alors de nuit nous y sommes allés. J’ai ainsi sauvé Les
arrêts du parlement de Grenoble, couverts en peau de parchemin,
Claude un ouvrage fort ancien sur Les aides et gabelles, et un grand
crucifix qu’il a installé à Jallendrieu.
Je
n’oublie pas mes séjours à Jallendrieu dans le Cantal chez Claude
sur le plateau de l’Artense qui commençaient par l’arrachage de
gentianes pour préparer notre apéritif : racines dans du vin
blanc et du sucre.
Le mois d’août
Ma
mère était seule sage-femme à l’hôpital. Elle avait un mois de
vacances, le mois d’août. A l’époque, les congés payés
n’étaient pas de 4 semaines ! Je pense que ce mois était dû
aux congés non pris au cours de l’année.
Je
ne sais comment nous allions à Excideuil. Peut-être que le train
fonctionnait à l’époque. Et il devait y avoir le car. En tout
cas, le tacot ne fonctionnait plus. Mon père m’avait raconté que
parfois il fallait descendre pour le pousser.
J’y
ai passé des vacances. Et y ai connu les grands repas où on
dégustait des escargots dont ceux que j’avais ramassés dans les
buis et dont j’ai vu toutes les étapes de préparation. Quelle
était bonne la farce de la mémé !
Puis,
je devais avoir 5 ans, nous sommes allés en train à Briançon au
Bois de l’Ours chez une sœur de ma mère. Le tonton Gaston
remarquable mécanicien travaillait au sanatorium. Il fabriquait des
modèles réduits de locomotives, bateaux, etc qui fonctionnaient.
Mon père lui a donné sa vieille moto (que je n’ai jamais vue
fonctionner) avec laquelle il a fait un scooter, qui a été
homologué et avec lequel avec la tante Marie il a fait un tour
d’Italie. C’est cette
année là que j’ai vu mon premier Tour de France. Plus tard, à
la foire de St-Yrieix, avec les sous de la vente de peaux de lapins
et de cartons, je m’achèterai le journal et des revues de pêche
et de cyclisme. Le retour de
Briançon fut difficile. Ce fut la grande grève à la SNCF.
Les
années suivantes, ce fut la mer.
Le
premier mois ce fut à Lacanau Océan où j’ai vu la mer pour la
première fois. Le voyage en train a pris du temps. La première
étape fut Bussière-Galant gare. Un parent est venu nous chercher en
carriole à cheval. Nous avons couché dans la maison à l’entrée
du château de Vieillecour.
Le lendemain nous avons dû revenir à Bussière-Galant pour prendre
le train pour Bordeaux.
La
deuxième fois ce fut Andernos-les-Bains (et non Andernos sur mer!)
où on ne voyait plus la mer à marée basse !
Les
fois suivantes ce fut alors aux Abatilles chez la mère Fouine. La
côte a bien changée depuis les aménagements de la zone Péreire.
Péreire j’avais appris le nom en histoire. A
marée basse il y avait un banc de sable qui faisait une grande
piscine peu profonde où je passais mes journées à regarder les
hippocampes et les syngnathes. J’avoue que j’en ai emportés et
fait sécher. Et je les ai encore pour étonner les petits-enfants.
Ma mère m’avait expliqué que c’était les papas qui étaient
enceintes et qui accouchaient. J’ai vu des accouchements
d’hippocampes. Et quand je suis allé aux USA, j’étais sur un
vol avec un logo qui était un hippocampe ! A cette époque, la
2CV était arrivée. Et mon père nous amenait, revenait au 15 août
et à la fin du mois. Il me faisait conduire la 2CV (sauf sur le pont
de pierre et dans Bordeaux). Pour lui les parents devaient éduquer
leurs enfants à se bien conduire !
Est-ce
que passer ses journées dans l’eau provoque l’appendicite ?
Je me souviens du retour de la plage un soir
Au
collège qui allait de la 6e
à la Terminale (devenu ensuite Lycée) je n’ai connu qu’un seul
voyage scolaire. Ce devait être en Terminale. Nous avons fait les
châteaux de la Loire et quasi tous les châteaux !
Et
j’ai connu une visite d’entreprise. Avec le prof de philo
Desfougères nous avons visité l’usine de porcelaine de la Seynie.
Je fus épaté par la confection des assiettes au tour et à la main.