Suite à mon billet sur mes mémoires d'Arédien (partie sur les loisirs et les vacances), j'ai reçu d'Yves Lavalade (dont j'ai toujours les dictionnaires d'occitan limousin sur mon bureau) les courriels suivants qu'il m'a autorisé à publier.
https://de.wikipedia.org/wiki/Yves_Lavalade
Je le fais car, dans quelques années, m'ont dit des profs en histoire des sciences quand je suis parti en retraite, on se demandera ce qui s'est passé pendant les années 45-80 pour qu'on ne trouve aucune information sur la vie des ces années. Quand j'entends certains spécialistes sur France Culture parler des années 50, je me dis que .....
Savez-vous que les bibliothèques universitaires de sciences ont mis à la benne tous les livres des Prix Turing ? et bien sûr de bien bien bien d'autres ! remplacés par des mangas.
" Bonjour,
Je me suis laissé distraire et bercer par quelques-uns de vos
billets-souvenirs… Et cela m’a fait remonter bien des choses que
l’époque nous a fait vivre en commun, moi qui suis haut-viennois.
- le soldat, lève-toi ;.. si tu veux pas t’lever t’auras d’la soupe au choux !
- dans la troupe ... il faut dire que je fus louveteau, chez les curés du Sacré-Cœur de Limoges
- la pêche aux écrevisses le dimanche, sortie en vélo; les gamins sur le
cadre , devant et derrière celui du père; la mère avait le
casse-croûte; du temps où il y avait encore des écrevisses. Mon père
remaillait les filets et plaçait le plomb au centre, avec ses deux
trous, comme un bouton; la gaule de noisetier pour les placer au bon
endroit. Il remettait aussi de fines pointes sur la semelle des souliers
ou des bandes de caoutchouc noir aux sabots…
- la quête des escargots dans les bordures de buis; pareil
- les peaux de lapin séchées et vendues ( Peaux de lapin, chiffonnier
!; crié dans la rue du Pont St-Martial, chez les ponticauds, en primaire
). Ma mère couturière qui montait des vestes en peau de lapin à
l’après-guerre. Ce n’est pas rien d‘enfoncer une aiguille dans cette
fourrure (l’astrakan, ou le vison, c’était pour les grands bourgeois)
- les hippocampes séchés, étranges, qui avaient baigné dans l’iode marine; les os de seiche
- les vacances à l’île d’Aix (Musée Napoléon), sous de grandes tentes
militaires et sur un lit de camp de l’armée; les feux de camp, avec les
moustiques; et mon retour de l’ïle d’Aix, couvert d’impétigo
- et le camping à la mer (St-Palais, La Grande Côte; puis Biscarosse;)
on nous y laissait pour un mois, puis une voiture venait nous rechercher
...
- la pêche aux couteaux et aux lavagnons * dorés … Je n’ai mangé que
récemment de ces fameux couteaux qu’un grain de sel sortait du sable
Toute une époque, dans un environnement linguistique, populaire,
économique; et des points forts, pour tout le monde (les ballades, le
Tour de France, les meetings aériens, le cirque Pinder, Amar… ); un lot
commun.
Cordialement. YL "
" Je suis né dans une boulangerie de campagne;
Tous qui ceux entraient
pour y acheter le pain quotidien (surtout des tourtes et des mélées ,
las mesladas, ou pour profiter de la chaleur du four après les
fournées de pain cuit y portaient des plats qu’ils avaient
préparés, dont les tourtières, los pastis barrats ou pompirauds, las
tortieras, de pâte briochée levée et bien dorée, avec couvercle,
contenant de délicieuses pommes de terre coupées en lamelles et de la
viande de salé émiettée; soit disant qu’aujourd’hui avec du salé
c’est trop cher; en tout cas on remplace ça par de la chair à
saucisse de porc ou de la crème … fini le salé, finie la graisse
blanche); tous ceux qui entraient donc ne parlaient qu’occitan; et
trouvaient en la personne du boulanger, mon oncle, quelqu’un qui avait
la langue bien pendue, adorant sa langue et racontant des histoires,
sur les uns ou les autres, avec l’art de les croquer sur le vif, avec
joie et bonne humeur; ou sur d’autres sujets. Alfonse, conta-ne’n
una !
Le 10 juin 44, j’avais dans les cinq ans, tous les hommes étant
partis au maquis ou prisonniers de guerre, ma grand-mère, veuve de
bonne heure pétrissait le pain à la main pour nourrir la commune (elle
y perdit la vie); et les maquis venaient nuitamment se ravitailler en
bon pain. Bien jeune enfant, on me mettait sur leurs genoux, pour leur
donner des moments de tendresse à ceux qui, séparés des leurs,
pouvaient affronter la mort tous les jours.
Oradour n’était pas très loin, à vol d’oiseau; et j’ai vu
passer une colonne blindée de SS, avec les véhicules recouverts de
feuillage; j’ai visité un gourbi de maquisards dans les bois tout
proches. À la boulangerie, le jour du passage des “frigolins“ (Los
Bochas ! Le signal pour annoncer leur approche), plus d’hommes à la
maison; juste trois femmes deux enfants, qui fuient se réfugier dans
les genêts et les topinambours voisins. Ce jour funeste donc, on m’a
dit que l’odeur de chair brûlée avait gagné notre bourg et que les
habitants étaient montés sur les collines pour apercevoir la rougeur
des incendies. Bref … On m’avait appris un naïf monologue à
réciter devant ce public, dont je ne me souviens que du début ;
“Petit Jésus, où vas-tu naître ? Partout dans le monde on se bat.
Les maisons n’ont plus de fenêtre; on entend le bruit des combats
…
“ Et aujourd’hui, je pense très fort à l’Ukraine …
Et puis une chanson m’est revenue, entendue de la bouche des
maquisards, dont je connais toujours la mélodie :
“ C’est nous les FTP, nous voulons tous la paix. Et nous avons au
cœur une invincible ardeur; et nous voulons porter haut et fier ce
vieux drapeau qui est la France entière. Et si les Boches venaient à y
toucher, à y toucher, nous serions là pour les en empêcher, ohé !
ohé “.
Les FTP étaient les Francs-Tireurs Partisans. Je me suis enquis depuis
peu auprès de personnes du coin qui suivirent de près ces combats
souterrains, les luttes syndicales, celles de divers partis, aucune
d’entre elles n’a souvenance de cette chanson. Est-ce que le Musée
de la Résistance de Limoges a trace de ce chant audacieux. Je ne sais;
j’essaierai d’y aller me renseigner un jour…. Mes les amnésies
sont si profondes de nos jours, sur tant de plans ! Serait-ce le signe
d’une dé-civilisation ? J’ose le mot ; et je réserve ma réponse. "
Je me permets (!) de recopier ici ce texte d'ICI Limousin, veuillez citer non ce blog mais
Je n'ai trouvé une fiche Wikipedia sur Yves Lavalade... qu'en allemand !!!
"Yves Lavalade vient de publier la quatrième édition revue et augmentée, de son dictionnaire français-occitan dans sa variante Limousin - Marche - Périgord. Un ouvrage riche de quelques 80 000 mots soit davantage qu'un Petit Robert ou qu'un Petit Larousse, qui n'en comportent seulement 65 000.
Limousin d'origine et occitanophone, ancien professeur de langues et Docteur en Etudes Romanes, Yves Lavalade s'est attaché depuis des années à la défense et à l'illustration de l'occitan limousin. Pour ce faire, il a rédigé une centaine d'ouvrages . Dans le même temps il a accompli un travail de fond sur la toponymie dans l'ensemble dialectal nord-occitan (Limousin, Marche, Périgord), dont un gros dictionnaire de la Haute-Vienne, et réalisé une soixantaine d'éditions concernant cantons et communes de la région. Il a tenu aussi de nombreuses conférences, mené des actions de formation (stages, enseignement, cours publics d'occitan limousin), a participé à des colloques, des salons du livre, rédigé des chroniques occitanes pendant 20 ans dans la presse régionale, a été partie prenante dans des émissions de radio et télévision, s'est impliqué dans la vie associative locale
La première édition du dictionnaire occitan de Yves Lavalade est
parue en 1997, et depuis lors, il a été considéré comme une référence
dans l'étude de la langue occitane. Cette 4ème édition, qui compte près
de 80 000 entrées est considérée comme la plus complète à ce jour.
Cette
nouvelle édition du dictionnaire a été élaborée pendant plus de 20 ans,
par le travail d'Yves Lavalade. Elle intègre des termes provenant de
toutes les variétés dialectales de la langue occitane dialecte limousin,
marche et Périgord.
En plus des définitions des mots, le
dictionnaire inclut également des informations sur l'origine et
l'évolution de la langue occitane, ainsi que sur ses usages actuels. Il
est donc un outil indispensable pour les linguistes, les enseignants,
les étudiants et tous ceux qui s'intéressent à la langue occitane. Sa
quatrième édition du dictionnaire occitan est une référence
incontournable pour tous les passionnés de cette langue et de sa
culture.
Ce dictionnaire a été publié avec le soutien du Cercle Limousin d'Études Occitanes et édité par l'UOCC l'union occitana Camila Chabaneu, association nontronnaise qui œuvre pour la promotion et la défense de la langue et de la culture occitanes. Elle a été créée en 2007, à l'initiative de passionnés de langue et de culture occitane.
L'UOCC a pour objectifs de sensibiliser le public à la richesse de la langue occitane, de promouvoir son enseignement et son usage, ainsi que de défendre les droits des locuteurs et des locutrices de cette langue. Elle organise ainsi des événements culturels, des conférences, des ateliers de langue et de musique occitanes, des séjours linguistiques, des publications, etc. "

















































































