lundi 20 janvier 2014

Quelle place de l'informatique dans les programmes scolaires ?

Une lettre, celle de la SIF

http://www.societe-informatique-de-france.fr/sif_lo/Lettre_ouverte_2014.html

Et les réflexions de  JM Bérard IGEN Honoraire.
http://www.education.gouv.fr/cid2/presentation.html

 Permettez-moi de vous faire part de ma perplexité renouvelée : je suis absolumentcertain que l’informatique est une discipline éminemment formatrice. Mais commentpeut-on conduire une réflexion sur la place d’une nouvelle discipline sans situercette réflexion dans une réflexion d’ensemble sur les objectifs du systèmeéducatif, sur ce qu’on doit y enseigner et comment l’enseigner.  Il me semble, bien que je sois actuellement retraité, que c’est cette réflexiond’ensemble qu’entreprend le CSP.Un telle réflexion suppose que l’on prenne en compte l’articulation des différentschamps d’enseignement les uns par rapport aux autres. Et si un telle réflexionconduit à considérer que l’enseignement de l’informatique est nécessaire, quefaut-il enlever d’autre dans un cursus scolaire assez unanimement considéré commetrop lourd ?  Je n’ai évidemment aucun avis institutionnel à donner sur les réflexions et lesdécisions du ministère. Mais je crois que l’on ne peut guère concevoir une réformedes curriculums sans se demander comment les différents champs d’enseignements’articulent les uns par rapport aux autres, et ce qu’il faut enlever si l’onrajoute. Je n’arrive pas à concevoir comment on peut conduire une réflexion sur lesystème éducatif à partir d’une seule discipline.
La réponse de JP Archambault de l'EPI
http://www.epi.asso.fr/
L'objectif du système éducatif est de donner à tous les élèves la culture générale
de leur époque.

A cette culture générale correspond une culture générale scolaire. Les deux ne sont
pas immuables. Elles évoluent car la société elle-même évolue. Ainsi Le latin et le
grec n'occupent-ils plus la place qu'ils avaient antan. En mathématiques, la
géométrie descriptive et les coniques ont disparu, remplacées par les probabilités
et les statistiques. Dans les années 1960, la discipline sciences économiques et
sociales a été créée, etc. Si, il y a plus d'un siècle, les sciences physiques sont
devenues discipline scolaire, c'est parce qu'elles sous-tendent les réalisations de
la société industrielle.

Pour déterminer si une discipline doit faire partie de la culture générale scolaire,
il faut examiner les évolutions de la société dans son ensemble au prisme des trois
missions fondamentales de l'Ecole, à savoir former l'homme, le travailleur et le
citoyen. Dans la vie de tous les jours, dans les entreprises, les administrations,
la société, l'informatique joue un rôle sans cesse croissant et occupe une place de
plus en plus importante. A ce titre elle doit devenir une discipline pour tous les
élèves.

Et la dernière réaction de JM Bérard

Merci pour cette réponse, qui va au fond de la question, mais ne dit rien sur la
façon de la penser et de la résoudre.

D’emblée le débat est présent dès votre première phrase, dans l’expression “la
culture générale de notre époque”. 

Lorsque j’ai participé à  une mission de l’inspection générale  sur le bac en
Autriche, il y a une vingtaine d’année, les piliers de la culture générale et les
piliers des critères de sélection élitistes du système scolaire y étaient encore  le
latin et le grec. Pas du tout les maths. Il ne me semble pas que la science
autrichienne avec Boltzmann Schrödinger et Ehrenfest ait beaucoup souffert de cet
excès de latin... Il me semble que la conception de la culture sous-jacente à votre
expression est un peu mécaniste. 

La réflexion sur ce qu’est la culture générale ne peut se limiter à “qu’est-ce qui
est d’actualité dans notre société ?”  Il faut prendre en compte tout un ensemble de
connaissances, de compétences, de méthodes de raisonnement, de modes d’expression.
Il faut  tenir compte de l’histoire,  de l’économie, des professions,  des champs
esthétiques et de plaisir, des relations entre les personnes et de l’aptitude de
chacun à créer, du modèle social dans lequel nous vivons et de celui que nous
souhaitons,  puis faire des choix et définir des stratégies.

Comment, par exemple, se fait-il que, aux cotés du lire écrire compter, le
“raisonner” ait aussi peu de place dans notre système ? 

Je maintiens donc que, certes les spécialistes ont leur place dans le débat, mais
seulement à titre d’apport à une réflexion globale. Il ne doit pas être difficile en
mobilisant de très sérieux universitaires en informatique de rassembler un nombre
important de signatures en faveur de l’enseignement de l’informatique. C’est
important. Mais pas déterminant à soi seul.

Il me semble donc que le débat “former l’homme, le travailleur et le citoyen” ne
peut absolument pas être posé au travers du filtre d’une seule discipline, mais bien
en prenant en compte les conceptions d’ensemble. Si l’on prend par exemple  comme
critère “qu’est-ce qui est d’actualité dans notre société” on développera
considérablement l’enseignement de la biologie : c’est dans ce champ universitaire
que les évolutions récentes sont les plus marquantes, c’est dans les applications
industrielles de ces recherches que l’on a de grandes perspectives sociales et
économiques, et c’est sur les conséquences juridiques, morales et éthiques des
questions soulevées que notre réflexion de citoyen doit être consolidée. 

Je ne voudrais pas être mal compris. Je suis certain que l’informatique est une
remarquable discipline de formation générale. Mais ce seul constat ne suffit pas du
tout à trancher la question de la place à apporter à cette discipline dans le
système éducatif.

Bien cordialement.

JM Bérard

Petite remarque : il me semble que la physique existait bien avant l’ère
industrielle. (C’est un débat complexe, mais pour ma part je la ferais remonter à
Galilée.) Il me semble aussi que le fait qu’il existe des applications socialement
importantes n’est pas suffisant pour déterminer si une science doit ou non être
enseignée. Mais pour aller dans votre sens je dois remarquer que, lorsque j’étais
élève en terminale, la thermodynamique et la machine à vapeur avaient une large
place dans le programme. Et lorsqu’on a introduit de la physique moderne (mécanique
quantique, relativité) on a réduit ou supprimé la thermodynamique. L’informatique,
pourquoi pas. Mais que souhaitez-vous que l’on supprime ? 

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