dimanche 12 juillet 2026

"Ce n’est pas de rentabilité que vous avez besoin" ou "dont vous avez besoin" ?

 Il fut un temps où j'avais un collègue agrégé de lettres modernes (y-a-t-il des agrég de grands-mères ? ) qui me corrigeait. Aujourd'hui j'ai Touiteur, maintenant X. Et je n'ai pas eu besoin pour cela de passer le concours pour aller à l'école de la Montagne de sainte Geneviève à Paris.

J'ai été traumatisé dans ma jeunesse quand j'ai appris que j'employais "que" quand il fallait employer "dont". 

Alors quand j'ai lu  « Ce n’est pas de rentabilité que vous avez besoin, mais de revenus » paroles de Sandrine Rousseau, j'ai réagi. Je voulais un "dont" au lieu d'un "que".


Et 
Jo Zefka @JZefka a réagi (c'est mon correcteur actuel) :

"Ce n’est pas de rentabilité que vous avez besoin" : la phrase est absolument correcte. Si elle avait dit "c'est de rentabilité dont vous avez besoin", cela aurait été une faute de français (un grand classique). 

Ce à quoi j'ai répondu :

Ah oui ! "c’est la pomme que je mange et dont j'ai besoin pour éloigner le médecin." disait Chirac

Et je me suis fait avoir. La pomme que je mange a été compris comme celle que je suis en train de manger (en Dordogne, certains disent, je me prends une pomme, je me la pèle et je me la mange")  et les pommes dont j'ai besoin pour éloigner le médecin. C'est ce que j'ai compris quand Jo m'a répondu :

Non. Deux situations distinctes : "c'est la pomme dont j'ai besoin" (parmi trois pommes) "c'est de pomme que j'ai besoin" (pas d'oranges). 

  

Cette disputacio (?!) m'a fait penser à  ce qu'a écrit Tony Hoare

  "One of the first discoveries of the research by the Z team was the necessity of separating small chunks of formal material by paragraphs of informal prose, explaining the relationship between the formal symbols and reality, and motivating the decisions that are captured by the formalisation.
The drafting of the informal prose was even more difficult to teach, learn and practice than the mastery of mathematical notations and concepts. "  

C.A. R. Hoare, Préface à VDM'90, VDM and Z - Formal Methods in Software Developemnt, LNCS,  ISBN 3-540-52513-0

et à :

file:///home/utilisateur/T%C3%A9l%C3%A9chargements/ontologieensembliste2105.pdf

 

Quelqu'un a demandé :

Et "Ce n'est pas la rentabilité dont vous avez besoin" ? Plus mieux ? Plus moins bien ? Je profite de l'occasion pour poser la question.

Jo a répondu :

Moins bien, mais acceptable. 

 

En résumé : 

 - la rentabilité dont vous avez besoin (dont = de laquelle) 

- c'est de rentabilité que vous avez besoin (parce que le "de" est dans la première partie de la phrase : si j'écrivais "dont", c'est comme si je disais deux fois "de"). 

 

Un commentaire :

C’est d’un radiateur que j’ai besoin. 

Le radiateur dont j’ai besoin mesure 85 cm de hauteur. 

 

Jo a fait un touit final :

"C'est de ça qu'on parle" ou "c'est de ça dont on parle" ? 

À la demande de quelques abonnés, je récapitule la règle. 

En réalité, c'est très simple : 

"Dont" signifie "duquel, de laquelle, de quoi". Dans une phrase clivée, on ne doit pas cumuler "de" et "dont". 

"C'est de toi dont je parle" est courant, mais incorrect, du moins pour ceux aux yeux de qui il existe un bon usage ; il faut dire : "c'est de toi que je parle".  

Exemple 1 J'ai besoin d'un livre. Un livre dont j'ai besoin.... C'est d'un livre QUE j'ai besoin. (ou, selon le contexte : "c'est un livre dont j'ai besoin") 

 Exemple 2 Il s'agit d'une affaire criminelle. L'affaire criminelle dont il s'agit... C'est d'une affaire criminelle QU'il s'agit. 

 Pourquoi "que" et pas "dont" ? 

Si le nom mis en relief est introduit par « de » dans "c'est de...", on clive avec QUE (pas dont) tout simplement parce que le « de » est déjà là. "De... dont" serait redondant. On garde "dont" seulement quand l'élément clivé n'a pas déjà son "de" explicite : « C'est ce livre dont j'ai besoin » (pas de "de" avant ce livre, donc "dont" n'est pas redondant). 

Et voilà pourquoi, pour une fois, Sandrine Rousseau ne se trompe pas 

 

 

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