Merci à Joël de m'avoir transmis ce texte.
Ce n'est pas une IA qui aurait écrit cela... bé si, les IA doivent bien consulter le journal La Montagne !
« Quand je vais mal, vraiment très mal, il n'est qu'un seul
écrivain au monde qui puisse quelque chose pour moi : c'est Vialatte.
J'ouvre n'importe quel volume de ses Chroniques à n'importe quelle page
et la vie cesse d'être un problème.
Pourquoi ? C'est presque inexplicable.
On
ne peut pas dire que Vialatte soit joyeux, ni optimiste : au contraire.
On ne peut pas non plus dire qu'il soit drôle : ce n'est pas le terme
propre. Ne lui conviennent pas davantage les adjectifs très à la mode,
comme « délirant », « fou », « déjanté » ou « dingue » : pour être
Vialatte, il faut, à la base, une profonde rigueur intellectuelle.
S'il
fallait trouver un mot pour qualifier son écriture, le moins inadéquat
pourrait être l'adjectif « incongru ». Aucun auteur n'est allé aussi
loin dans l'incongruité pure. D'autres écrivains ont pratiqué cette
vertu, mais jamais avec cette subtilité légère qui fait de lui le noble
classique du genre.
J'ouvre son Almanach et je tombe sur cette
introduction au septième mois de l'année : "Le mois de juillet est un
mois très mensuel.". Livrez cette phrase à un thésard littéraire :
terrifié, le binocleux n'en pourra tirer la moindre glose.
C'est
que, comme l'éléphant dont parle Vialatte, sa poésie a quelque chose
d'irréfutable. Personne d'autre que lui n'eût jamais songé à écrire ces
loufoqueries marmoréennes qui sont pour moi le remède à toutes les
pesanteurs du monde. »
Amélie Nothomb - La Montagne du 7 septembre 1996


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