" Certaines langues d'Amazonie, mais aussi dans une moindre mesure le quechua, l'aymara, les langues turques et finno-ougriennes, recourent à des formes verbales différentes selon la manière dont l'information est parvenue au locuteur. Ainsi, en tariana, pour dire "Le chien l'a mordu" on a le choix (mais on est obligé de choisir) entre cinq formes différentes :
Chinu niwhaka dina,
si l'on a vu la personne se faire mordre ;
Chinu niwhamahka dina,
si on a entendu les aboiements et les cris ;
Chinu niwhapidaka dina,
si on l'a appris de quelqu'un ;
Chinu niwhasika dina,
si l'on fait une déduction en voyant la blessure ;
Chinu niwhanihka dina,
assez proche du précédent, mais la part de réflexion est plus importante, la déduction est moins directe.
Les suffixes soulignés portent le nom de "suffixes évidentiels" ; le dernier peut aussi servir à exprimer une vérité générale connue de tous, donc non transmise par un canal particulier, dans des phrases du type ; "La Terre est ronde." La différence entre ces formes ne réside pas dans un engagement plus ou moins ferme du locuteur concernant la validité de l'information reçue (comme en français lorsque l'on passe de l'indicatif au conditionnel ; "Le chien l'a/l'aurait mordu"): dans tous les cas ci-dessus, l'information est présentée comme fiable. "
Poésie du gérondif, Jean-Pierre Minaudier, Le Tripode, page 120
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